Déc 21 2009

Neiges éternelles ?

Nikon et 16mm au bout des doigts, je suis avec mon copain d’escalade Bernard sur le coté nord du cratère. Nous en faisons le tour, zigzagant au gré des photos. Des odeurs de souffre se dégage du sol. Toute l’Afrique est en-dessous de nous et nous ne voyons personne. Cela me dérange de laisser l’empreinte de mes pas.

Ciel bleu, glace et cailloux. Les cailloux sont là depuis des centaines de milliers d’années, tandis que la glace du Kilimanjaro aura disparu dans 25 ans. Ce paysage semble pourtant éternel…

Le sommet du Kilimanjaro présente une caldeira sommitale de forme circulaire. Cette caldeira d’un diamètre d’environ 2 200 m, présente en son centre un petit cratère de 880 m de large. Il contient les principales fumerolles. Dans  ce cratère s’ouvre un trou de 340 m de large et profond de 130 m, le Ash pit.

Je me trouve parmi un paysage où les effets du changement climatique se font  rapidement sentir. Un paysage que l’on ne reverra plus. Un peu comme les arbres géants qui poussaient sur l’ile Ellesmere il y a 50 millions d’années. Qui a qualifié les neiges du Kilimanjaro d’éternelles ?

Ah oui, instants de bonheur, non, instant de réflexion ?



Déc 20 2009

La gang du Kilimanjaro

5 décembre 2009, 13 heures 50, Etienne ouvre délicatement une petite boite ovale de couleur brune. Son amoureuse est devant lui. La boite contient une bague. Nous sommes à Stella Point à 5800m d’altitude au bord du cratère du Kilimanjaro en Tanzanie. Larmes, embrassades, félicitations, les voici fiancés… Hakouna matata.

Une demi-heure plus tard, une marathonienne, deux chasseurs d’orignal, un pilote de Hercule C-130, un agent d’immeuble double, une parisienne, un ingénieur en sabbatique, un chercheur d’or, un surfeur toujours en vacances au Mexique, une marcheuse Saint-Jean de Compostelle, les deux fiancés et moi-même parvenons au sommet de l’Afrique à 5895m.

C’est ma 16e arrivée au sommet du Kili. Les glaciers ont-ils encore fondus ? Lors de ma première ascension le sommet était couvert de pénitents, maintenant ils ont disparus. Le toit de l’Afrique a perdu 90% de ses glaces en 120 ans : 20 km2 en 1880; 12,1 km2 en 1912; 6,7 km2 en 1953; 2,5 km2 en 2003. La calotte glaciaire a perdu en moyenne 17 mètres d’épaisseur entre 1962 et 2000. Sous l’effet de la radiation, les glaciers ne fondent pas, mais se subliment : la glace se transforme en vapeur d’eau sans passer par la phase liquide.

Glaciers au nord-est du sommet du Kilimanjaro

le sommet du Kilimanjaro, 5895 m

Je ne mettrai pas ça sur le réchauffement de la planète mais la température est super depuis le départ à l’exception de la pluie diluvienne du premier jour. La nuit à 5700 m dans le cratère au pied du glacier Furtwängler n’a pas été froide. Gilles y fête son anniversaire au petit déjeuner. Sur la tête un chapeau en forme de gâteau avec bougies (en vente chez IKEA !) et une trompette de papier en bouche.

Nous nous sommes même payé le tour du cratère Reush à 5830 m où une variété d’Helicrysum pousse sur ses flancs, réchauffée par la chaleur d’une fumerolle. La vue sur les glaciers reste surprenante. Fragiles, les tours de glace semblent surgir des nuages qui sont mille mètres plus bas. Je veux que le temps s’arrète, que plus rien ne fonde. La couleur de la glace est d’un bleu triste.

Quatre soirs sur huit nous nous sommes retrouvés seuls au campement. Pas d’autres groupes. Le Kili surpeuplé ? Pas sur notre itinéraire qui contourne sur 180o la face sud du Kilimanjaro au début décembre.

Je revois vos sourires, vos folies, vos yeux… Les party de cartes, les doubles Bailey’s, les histoires de chasse, le pianiste mécanique du Kibo Palace Hotel et les Zanzibar drink.

Mambo poa !

tous devant le cratère

le sourire de la victoire (sur soi-même)


Déc 10 2009

École de Shimshal

classe de 6eme année, Shimshal, nord du Pakistan

Il fait -7°C à Shimshal, petit village du nord est pakistanais situé à trois jours de marche de la Karakoram highway.

Les 5 élèves de dernière année primaire suivent les cours à l’extérieur même en janvier! Leur professeur, Daulat Amin, nous a invités chez lui manger du gras tiède de yack et des chapatis. Les chapatis ça va, mais le gras tiède…

Je dormais dans une pièce de la toute petite maison en torchis. Mes hôtes y avait fait un feu de bois et bouché la cheminée pour garder la chaleur à l’intérieur. Instants de bonheur enfumés.

Nous étions les deuxièmes étrangers à visiter ce village l’hiver! Cela a bien changé, maintenant une route étroite relie les shimshalis au reste du monde.