Juil 2 2010

L’Elbrouz dans la tempête

Moscou
24 juin, 2010

A notre grande surprise, l’entrée à Moscou s’est faite en douceur. Le vol était à l’heure, la ligne d’attente aux douanes n’avait rien à envier à celle de Dorval ; même le douanier, Michael, a été très gentil, il nous a souhaité bonne chance pour notre ascension. C’est la chasse aux touristes à la sortie de l’aéroport. Une cinquantaine de russes veulent nous faire monter dans leurs taxis! Nous avons choisi la navette de l’hôtel Novotel. Il y avait 300 mètres à parcourir!

Demain, deux heures de vol pour Mineralnye Vody et quatre heures de minibus pour se rendre à Azau, au pied de l’Elbrouz. Petite surprise, un jaune d’œuf cru dans le plat de pâtes de René… (Il n’aime pas ça!). Espérons que les poules russes ne connaissent pas la salmonelle…

Jean-Pierre a passé un mauvais quart d’heure. Il a oublié sa Visa sur un plateau de resto à l’aéroport d’Amsterdam hier. Après un bon moment sur son cellulaire, Visa International va lui livrer une nouvelle carte à l’hôtel dans environ 7 jours. « Pour la perte d’une carte; appuyez sur le 2 ». (Note, la carte n’a jamais été livrée).

René, Jean-Pierre, Geneviève

La taverne citerne
25 juin 2010

Ce matin, lever à 6 heures, petit déjeuner, 7h30 départ de l’hôtel, 7h40 nous avons déjà passé tout les contrôles. Mieux qu’à Dorval!
Assis dans l’avion, nous écoutons les consignes en russe « comment survivre dans la forêt boréale » tandis que Borrrrris, l’agent de bord (1 m 90 et 130 kg) nous refile un petit caramel. Ceci contraste avec le vol international d’Aeroflot où la belle Tatiana servait le café au lait.
Dans l’avion semblant prêt pour sa dernière envolée, l’odeur puissante de mazout et la tapisserie murale « motifs années 50 » fait peur. Les sièges se plient vers l’avant sans aucune résistance un peu comme une chaise berçante. Si vous pensez que c’est serré dans un airbus de chez Air Transat… Think again! 


Midi nous voici à Mineralnye Vody entre la Géorgie et la Tchétchénie.
Nous évitons les barbus en tenue de camouflage. Après avoir esquivé sur la route au moins douze fois des troupeaux de vaches et de chèvres, notre chauffeur « Dima » s’arrête sur le bord de la route prendre une bière à une citerne mobile sur roue. La vallée se rétrécit, la route devient sinueuse et les sommets enneigés. Destination Azau, le dernier hameau de la vallée. Demain nous grimperons sur de petits sommets face à la Géorgie.

Tentative d’enfer
27 juin 2010

9 heures 35, nous sommes à 400 m sous le sommet (5200 mètres), sans aucun repère et une visibilité complètement nulle. C’est l’enfer blanc. La tempête.
Nous avons amorcé l’ascension ce matin à 5 heures. La visibilité était acceptable et nous avions décidé d’être « fast and light ». Nous gardons une vitesse d’ascension de 350 m vertical à l’heure. Selon les prévisions météo d’hier soir, la neige devait cesser vers midi pour nous donner une visibilité parfaite en après midi. Cela n’a pas été le cas. White out complet en atteignant le col entre le sommet ouest et est. Le vent est violent, la neige cinglante nous pique le visage : température propice aux engelures. Ni ciel ni terre, tout est blanc et il est difficile d’évaluer la pente. Options : se construire un abri dans la neige et attendre le calme ou tenter de revenir au camp de base en risquant de se perdre. Visibilité 5 mètres.

Après une heure d’attente, nous rencontrons une équipe russe, qui comme nous, tente de rentrer au bercail. Nous avons donc travaillé en équipe, et au pas de tortue, nous avons réussi à retrouver le chemin du retour. Nous savons que quelques crevasses étroites sont sous nos pieds….

A 4000 m nous passons sous les nuages et tout est relativement beau! La température ne s’annonce pas excellente pour une tentative de sommet demain. Ce sera une journée de repos et d’acclimatation. Il semble y avoir une fenêtre de beau temps mercredi matin. En montagne, et surtout sur l’Elbrouz, tout est sujet au changement sans aucun préavis. Avec un peu patience nous allons y arriver!

Six minutes sur le sommet de l’Europe
29 juin 2010

Le décompte est commencé. Dernière journée sur la montagne. Demain nous devons être à Moscou ! Nous passons la nuit à vérifier toutes les 30 minutes le temps qu’il fait, Neige, pluie, grêle, tonnerre, éclairs. Ce n’est pas beau, mais nous gardons le moral. Nous sommes prêts à décoller à tout moment. S’il le faut, nous ferons le sommet de nuit. Vers 8 heures, le vent s’élève et la grosse masse de nuage gris foncé semble commencer à se dissiper. Le système de prévision météorologique russe s’apparente à Météo média. Nous devions avoir du soleil ce matin…

Neuf heures 30, un semblant d’accalmie, nous partons bien équipés. Deux GPS, masque, piolet, mitaines. Un nouveau membre se joint à notre équipe : Liza, une alpiniste d’origine allemande. La visibilité, encore une fois aujourd’hui est grandement réduite mais l’allure reste très rapide. Les vents en provenance du sud-ouest semblent nous guider dans la bonne direction. Bonne chose car nous ne voyons pratiquement rien. Après environ 400 mètres d’ascension, nous dépassons une équipe américaine. (eh eh !).

Les vents nous poussent vers le haut de la montagne et n’aident pas les grimpeurs rebroussent chemin. Les rafales atteignent 80 à 100 km/h. Nous croisons une équipe russe dirigée par un guide Kazak qui n’a pu atteindre le sommet. Il essaie de descendre au camp de base. L’un d’entre eux sans lunettes de montagne est aveugle. Il a le visage gelé, ensanglanté et ne porte aucune protection faciale. Sa tuque, ses mitaines, son foulard de laine sont recouverts d’une épaisse couche de glace et lui adhèrent à la peau. Une veste mince et désuète, ouverte et remplie de neige remplace un bon duvet qui devrait lui servir de protection dans un tel climat extrême. La démarche du grimpeur russe est ataxique. Il trébuche, se relève avec une lenteur extrême et recommence. Il semble s’être résigné au sort qui l’attend. Sans aide, il ne redescendra pas de cette montagne vivant… Le guide qui les accompagnent semble lui aussi affaibli et n’offre aucune aide à son grimpeur.

Il faut à tout prix réchauffer le grimpeur. Nous enlevons sa tuque, ses mitaines recouvertes de glace. Son foulard complètement rigide est coupé au canif. Liza lui prête un balaclava et une doudoune qu’elle garde toujours dans son sac à dos pour de telles situations. Entre temps, nous avisons par téléphone satellite l’équipe d’urgence au camp de base pour qu’elle commence le sauvetage. Pas facile dans un tel blizzard ! Nous savons très bien qu’une personne en hypothermie ne se réchauffe pas sans chaleur externe. Seules options : thé chaud, que nous avons en main et descente le plus vite possible.

L’équipe d’urgence est déjà en route et le guide Kazak semble avoir repris un peu d’espoir et d’autorité. Il nous rassure et assure pouvoir prendre charge son groupe.

Nous continuons. Il faut être rapide sinon on gèle. Nous atteignons le sommet à 13 heures 30. Les cinquante derniers mètres se font en rampant, les vents nous poussent vers le précipice. Après 6 courtes minutes de bonheur à 5642 m et la prise de photos au sommet, nous redescendons. Pour nous narguer, une éclaircie soudaine nous fait découvrir le paysage durant quelques secondes…

Dernières nouvelles, l’équipe russe est arrivée au camp de base.

Nous serons les seuls à avoir atteint le sommet de l’Elbrouz ce jour là.

Nous vous remercions pour tous les mots d’encouragement durant cette expédition! L’aventure ne s’arrête pas là. René et Jean-Pierre s’envolent demain vers la Tanzanie pour un deuxième sommet sur « la liste », le Kilimanjaro. Jean-Pierre rejoint son groupe de neuf grimpeurs qu’il guidera au sommet de l’Afrique.

Geneviève ayant déjà fait le Kili, va remiser sa doudoune et retrouver ses quatre enfants !

À très bientôt au bord de la piscine de l’hôtel à Arusha en Tanzanie.