Déc 16 2010

Crémation à Pashupatinath, Kathmandu, Népal

Katmandou se prête admirablement à la flânerie, et la cité aux allures nonchalamment médiévales a su garder une bonne partie de son charme bigarré. Il suffit de se faufiler dans ses ruelles biscornues pour être fasciné par le carrousel incessant des bruits et des couleurs, la délicatesse des fenêtres ourlées de dentelles de bois, la somptuosité un rien dédaigneuse des palais, l’attrait trouble des échoppes au bric-à-brac tentateur. Vendeurs de flûtes à l’éventaire ébouriffé d’instruments et vaches paisibles adroites à saisir une friandise à l’étal du marchand des quatre saisons sont toujours au rendez-vous de l’insolite, perçu ici comme dimension banale du quotidien.

A Pashupatinath, lieu de pèlerinage hindous sur les bords de la rivière Bagmati, la mort fait partie de la vie. J’y ai tourné quelques images.


Déc 15 2010

Haiti, de l’insoutenable à l’espoir

En novembre 2011, j’ai fait partie d’une mission humanitaire en Haïti. Une initiative de François-Guy Thivierge et Katia Bussière.

« C’est ma première expérience pour la Fondation montagne de l’espoir, souligne François-Guy Thivierge ».
60 000 $ en dons entre août et octobre (objectif initial : 30 000 $ en trois mois)
30 000 $ en biens : matériel scolaire, livres pour enfants, médicaments, 640 trousses d’hygiène, vêtements et chaussures, jouets, 400 ballons de soccer.
Les dons récoltés ont permis de réaliser les actions suivantes :
– Aide aux cent élèves de l’École Mark-Bourque
– Visite du camp de réfugiés Icare à Port-au-Prince
– Distribution de vêtements, souliers, livres et jouets aux enfants de l’Orphelinat du père Lespinasse.

Je suis revenu de ce séjour en Haïti plus fatigué qu’après une expé sur un 6000 m. Tous ces visages, images, regards m’ont profondément ému. Je suis triste et bouleversé. La quasi-totalité des 5,3 milliards de dollars promis pour les deux premières années a été légalement validée, mais seulement une petite partie de ce montant (1,2 milliard) a été concrètement allouée. Où est passé ce milliard, on se le demande en se promenant dans Port-au Prince !

Jean-Philippe Belleau, professeur à l’université du Massachusetts à Boston:
Un an après le séisme, la reconstruction n’a pas eu lieu. Mais le fiasco des organisations internationales est aussi celui des médias internationaux qui, dans l’après-séisme, ont oscillé entre sensationnalisme et optimisme, mais jamais dressé le bilan déjà désastreux de l’aide en Haïti. Cela fait ainsi plus de dix-sept ans que les Nations unies ont une présence massive et presque ininterrompue en Haïti. Cela fait sept années maintenant que la présence des casques bleus et de la communauté internationale (plus de mille ONG !) en Haïti ne s’assume pas, tout en imposant ses choix économiques et politiques (y compris de premiers ministres).

En autant d’années, ce pays a gagné sa place en enfer, aucune infrastructure sérieuse n’a été reconstruite et les espoirs d’un futur meilleur n’émergent que dans les discours des leveurs de fonds. Les Nations unies ressemblent à ces trous noirs des astrophysiciens. Rien ne semble ressortir du milliard de dollars consommé chaque année par sa mission de la paix en Haïti, si ce n’est un discours d’autolégitimation et d’autosatisfaction. Croire enfin que des expatriés, dont le salaire de base commence à près de onze mille dollars par mois net d’impôt, peuvent entretenir des relations autres que coloniales avec une population cassée et pas seulement paupérisée, relève du phantasme.

Les Nations unies ne sont pas, et de loin, les seuls responsables ; mais, à l’heure du bilan, force est de conclure que la solution est ailleurs. Qui croît donc qu’il peut y avoir une quelconque sortie de la pauvreté extrême, du naufrage, sans État, sans institutions, sans infrastructures ? Il manque la plus importante des infrastructures, un État. Depuis cinquante ans, celui-ci a constamment et consciemment été détruit par les gouvernants haïtiens eux-mêmes comme par une aide internationale soumise aux idéologies du jour et à sa propre incompétence. Le premier des droits de l’homme ne serait-il pas le droit d’avoir un État ?