
5 décembre 2009, 13 heures 50, Etienne ouvre délicatement une petite boite ovale de couleur brune. Son amoureuse est devant lui. La boite contient une bague. Nous sommes à Stella Point à 5800m d’altitude au bord du cratère du Kilimanjaro en Tanzanie. Larmes, embrassades, félicitations, les voici fiancés… Hakouna matata.
Une demi-heure plus tard, une marathonienne, deux chasseurs d’orignal, un pilote de Hercule C-130, un agent d’immeuble double, une parisienne, un ingénieur en sabbatique, un chercheur d’or, un surfeur toujours en vacances au Mexique, une marcheuse Saint-Jean de Compostelle, les deux fiancés et moi-même parvenons au sommet de l’Afrique à 5895m.
C’est ma 16e arrivée au sommet du Kili. Les glaciers ont-ils encore fondus ? Lors de ma première ascension le sommet était couvert de pénitents, maintenant ils ont disparus. Le toit de l’Afrique a perdu 90% de ses glaces en 120 ans : 20 km2 en 1880; 12,1 km2 en 1912; 6,7 km2 en 1953; 2,5 km2 en 2003. La calotte glaciaire a perdu en moyenne 17 mètres d’épaisseur entre 1962 et 2000. Sous l’effet de la radiation, les glaciers ne fondent pas, mais se subliment : la glace se transforme en vapeur d’eau sans passer par la phase liquide.

Glaciers au nord-est du sommet du Kilimanjaro

le sommet du Kilimanjaro, 5895 m
Je ne mettrai pas ça sur le réchauffement de la planète mais la température est super depuis le départ à l’exception de la pluie diluvienne du premier jour. La nuit à 5700 m dans le cratère au pied du glacier Furtwängler n’a pas été froide. Gilles y fête son anniversaire au petit déjeuner. Sur la tête un chapeau en forme de gâteau avec bougies (en vente chez IKEA !) et une trompette de papier en bouche.
Nous nous sommes même payé le tour du cratère Reush à 5830 m où une variété d’Helicrysum pousse sur ses flancs, réchauffée par la chaleur d’une fumerolle. La vue sur les glaciers reste surprenante. Fragiles, les tours de glace semblent surgir des nuages qui sont mille mètres plus bas. Je veux que le temps s’arrète, que plus rien ne fonde. La couleur de la glace est d’un bleu triste.
Quatre soirs sur huit nous nous sommes retrouvés seuls au campement. Pas d’autres groupes. Le Kili surpeuplé ? Pas sur notre itinéraire qui contourne sur 180o la face sud du Kilimanjaro au début décembre.
Je revois vos sourires, vos folies, vos yeux… Les party de cartes, les doubles Bailey’s, les histoires de chasse, le pianiste mécanique du Kibo Palace Hotel et les Zanzibar drink.
Mambo poa !

tous devant le cratère

le sourire de la victoire (sur soi-même)