Oct 28 2011

Il y a cinq ans déjà…

Le Cho Oyu vu du camp à 4900 m.

Tibétaine en délire...

Le 2 octobre 2006, j’atteignais le sommet du Cho Oyu, 8201 m avec 4 autres alpinistes du Québec.

Le Cho Oyu est situé à la frontière du Tibet et du Népal, 25 km à l’ouest de l’Everest. C’est le 6e plus haut sommet du monde.Une belle ascension que j’avais déjà guidée avec succès en septembre 2005.

La semaine dernière, je regardais de nouveau le court vidéo réalisé au sommet, j’écoutais plutôt ma voix, une voix altérée par l’altitude et l’air froid à 8201 m.

http://www.youtube.com/watch?v=cbkEQwiLKdw

Oui c’est décidé, je réorganise une autre expédition en septembre 2013 au Cho Oyu.

Pourquoi… pour… parce que…

la montagne induit une intensité d’être sans commune mesure avec la vie quotidienne

nous sommes essentiellement  nomade

le vacarme assourdissant provoqué par le vent

le sommet dévoile de superbes vues sur l’Everest

les stratégies d’ascension

avoir sa tente arcboutée sur une pente inclinée à 35 degrés

on se rencontre soi-même, on apprend à connaître sa propre résistance

avoir le ciel bleu d’une grande pureté pour seule limite

le partage, l’amitié, l’intensité du moment et mille autres petites choses.

Le camp 2

Au sommet

27 août au 11 octobre 2013

Gravir un 8000 m ! Rêve de tout alpiniste, engagement d’effort et de plaisirs dans un univers somptueux. On n’attends que vous !

jpdanvoye@lechappeebelle.com


Oct 25 2010

Les Montagnes Blanches

Neige, vent, brouillard… l’hiver est arrivé dans les Montagnes Blanches du New Hampshire.
Nous sommes le 23 octobre !

Marco, Geneviève, Monique et Jean-Pierre.


Août 10 2010

Ascension du Kilimanjaro avec L’échappée belle, juillet 2010

Invasion du sentier
5 juillet 2010

La première étape a été franchie et le camp monté une bonne heure avant le temps prévu. Pourtant, la randonnée depuis la guérite d’accès à la montagne s’était déroulée à une vitesse de tortue dans des véhicules tout terrain qui n’ont rien à voir avec ceux qui circulent sur nos autoroutes. Nos quads urbains n’auraient pas franchi les cent premiers mètres sans y perdre la moitié de leur peinture et la totalité de leur suspension. Enfin, à chacun son aventure…

La danse du départ de l’équipe de soutien logistique (Hakouna Matata Trail Band) nous a mis sur le sentier dans une longue montée sans péril jusqu’à l’attaque sournoise et l’invasion mordante d’une horde sauvage de fourmis qui nous ont embusqué et se sont emparé de quelques microgramme de nos chairs fragiles par leurs morsures incisives. Les survivants et les blessés n’ont malgré tout pas perdu la piqure et ont poursuivi l’ascension paradoxalement avec les fourmis dans les jambes.

La végétation luxuriante de la forêt ombrophile, et l’apparition impromptue de quelques échantillons de la faune équatoriale (perroquet Macau, singes Kolobo et « blue monkey» nous ont bien confirmé que nous foulions le sol africain. De l’accueil de Londorrossi au camp Mti Mkubwa, le sentier Lemosho nous a donc mené a notre premier bivouac, à 2700 mètres du plancher des vaches, mais à des kilomètres au dessus de notre quotidien habituel.
Y a un malaise…
7 juillet 2010

Le camp avait été monté au centre de la caldeira de Shira depuis laquelle nous avions communiqué avec vous par messagerie vocale pour raison de difficultés techniques avec la transmission d’images et de données. Dans cette plaine de la bruyère arborescente, nous étions aux premières loges pour contempler un premier coucher de soleil sur les neiges éternelles du Kilimanjaro. L’objectif devenait plus que visible, palpable, puisque la nuit nous mena à -3 degrés centigrade sous un ciel étoilé digne des observatoires les plus sophistiqués, Croix du Sud et Voie Lactée en relief et en surbrillance.

Par une marche de 6 km, nous avons effectué la transition vers la zone alpine, un désert minéral qui nous a quand même permis d’observer quelques Séneçons (plantes-arbres pouvant atteindre 5 mètres et ressembler à des chandeliers, retrouvés exclusivement sur le mont Kenya et le Kilimanjaro), et des lobélies au garde-à-vous.

Nous voici donc au camp Moir (4200 mètres), prêt à nous emmitoufler pour une nouvelle nuit fraiche. Avec un sac de couchage coté à 0 degré centigrade, Jean-Pierre confia à Jacques qu’il y aurait peut être « un malaise ».

Sauf cette réserve plutôt humoristique, tous se portent bien même si la chronique a été réalisée sous des méninges saturées 79%!

La forêt de lave et de séneçons
8 juillet 2010

Du camp Moir, voisin d’une énorme coulée de lave, la topographie de notre trajet du jour nous menait de 4200 à 4600 mètres, à la Tour de Lave puis, vers notre destination, au camp Barranco à 3900 mètres. Un rythme d acclimatation : monter haut, dormir bas. Mais ce changement d’altitude et le lieu ou nous l’avons effectué recelait bien plus qu’une variation physiologiquement bénéfique.

En effet, la vallée de Barranco jouit d’un micro climat conditionné par sa forme d’entonnoir au pied d’un glacier et par l’apport nuageux qui s y engouffre depuis la plaine de Moshi. Le terrain de lave et cette hydratation favorisent une végétation surnaturelle dans les circonstances, ce qui nous a donné l’illusion d’un oasis dans ces lieux autrement fort inhospitaliers voire désertique. Nous avons traversé plusieurs ruisseaux et cascades d’une eau glaciaire et limpide, alors que les maigres cours d’eaux que nous avions rencontré auparavant n’avaient ni cet aspect, ni cette clarté.

La mi-journée à la Tour de Lave a donné l’occasion aux plus hardis de se frotter à un mur d’escalade d’où ils ont contemplé le peuple sédentaire du camp. Tout ce temps, le sommet lui nous contemplait également, invitant mais encore distant.

Demain, le mur de Barranco…

Les aléas de l’altitude
9 juillet 2010

Le camp de Barranco constitue le carrefour de la convergence de 3 trois voies, alors que jusqu’à maintenant notre contingent sur la voie unique de Lemosho était plus restreinte en achalandage. C’est donc une fourmilière frétillante qui s’est mise à l’assaut du mur de Barranco, plus impressionnant quand on l’observe que quand on l’aborde. Après donc cette ascension initiale, le reste de la journée relativement peinarde nous a conduits à Karanga, tout près de notre altitude de départ (3900 mètres).

L’horaire de notre progression nous a assuré une acclimatation décente, mais on ne peut on dire autant de tous ceux qui abordent la montagne. Ainsi, une bonne partie de la journée se passa à réanimer l’un, rassurer l’autre et ramasser la dernière. Cette jeune anglaise léthargique et ataxique a reçu les premiers soins de René qui, avec Jean-Pierre, a du la transporter jusqu’au camp Millénium, 500 mètres plus bas où ils ont organisés une évacuation vers Moshi.

Déshydratation, mal aigu de la montagne et préparation douteuse semblent avoir été les ingrédients de cette quasi-tragédie qui nous a laissé un petit goût amer dans l’arrière gorge, mais nous a aussi fait apprécier la rigueur de la logistique de notre leader.

On ne peut éviter les accidents ou malchances fortuites; mais on se doit de prévenir les incidents de l’inconscience.
Dernier camp avant le sommet demain…

À portée de main…
10 juillet 2010

On dira ce qu’on voudra, mille mètres d’ascension à partir de 3950 mètres soumet la physiologie de tout pauvre terrien à un certain montant d’épreuve. À Kosovo, ou nous sommes, le sommet paraît à portée de main, mais ce sera au prix de plusieurs foulées de pieds qui iront puiser dans nos ultimes ressources. Nous aborderons donc la dernière étape demain matin avec une sage appréhension et une excitation réservée qui ne devrait se libérer qu’au photo finish.

La mine sobre et parfois éteinte des descendeurs qui ont conquis le sommet aujourd’hui et traversent notre camp sur la voie du retour nous en dit un peu sur le menu de demain. Malgré tout, nous avons reçu des nouvelles réconfortantes au sujet de la jeune britannique que René et J-P ont rescapé hier.

Le paysage lunaire et rocailleux ne laisse place à aucune brindille, et à l’image de ce dénuement, nos conversations en randonnée se sont elles aussi très épurées, le gaspille de salive étant aussi un gaspille d’énergie. Le laconisme de cette dernière chronique avant le sommet en fait également foi.

L’ascension et la sensation ultime.
11 juillet 2010

La colonne s ébranle. Il est près de 06:00. Une fébrilité composée d’appréhension et d espoir règne en proportion diverse chez chacun. Tous savent qu’ils auront mal, la majorité décidera de n’en point souffrir.

900 mètres à doser foulée, respiration, hyperventilation, pauses et hydratation. Toutes les enjambées laissent passer plusieurs secondes aux grains du sablier et sur le sable qui glisse puis coule aussi sous les semelles. Ne pas regarder en haut pour éviter de constater la lenteur et l ardeur de l ascension. Ne pas regarder en bas pour trop revoir le camp qui ne s’éloigne pas assez vite.

Un scotome au coin de l’œil signe t il un collapsus imminent? Non, ce n’est que le reflet du soleil levant sur la crête, venant éclairer d’un jet ardent le coin d’un regard soucieux et intense. À chaque petit pas, deux, trois et parfois quatre respirations haletantes, profondes et saccadées finissent par extirper la moindre molécule d’oxygène de la plus périphérique alvéole. Le thorax ne suffit plus, la conjugaison de l’abdomen devient indispensable à l’effort. Il faut littéralement du cœur au ventre quand on a la tête au dessus des nuages: ce ne sont plus des images.

Après quatre heures de labeur soutenu, Stella Point voit un, puis deux et enfin les neuf grimpeurs accéder au dernier pallier (René, Hillary, Michel, Jacques, Bertrand, Francine, Valérie, Diane et Pierre-Éric). De là jusqu’à l écriteau du bout du chemin et de la fin du monde pour cette journée, ce n’est plus qu’une question d’adrénaline, d’aura et de transcendance. À 5896 mètres, René coupe le reste du souffle à ceux qui en avaient encore, consacrant ce moment déjà divin par un rituel de fiançailles tramé à l’insu de Hillary. Elle exulte et croule sous l’émotion. L’hypoxie s’évanouit dans les larmes du ‘oui’.

Le Kilimanjaro n’est pas vaincu ni conquis, il s’est simplement laissé amadouer par la volonté tenace de quelques nouveaux élus en son temple, et a daigné nous accueillir.

Tous baignent dans une discrète et humble béatitude, reconnaissants envers la montagne, les guides et les porteurs, heureux de leur bonne fortune. Un relent de victoires individuelles acquises en groupe flotte dans l’euphorie de la descente.

La montagne lumineuse et ses cimes enneigées nous dominent encore avec fierté mais un peu moins d’arrogance maintenant que nous y avons laissé notre empreinte évanescente. Elle ne s’en souviendra pas. Nous, oui, jusqu’à la fin de nos jours qui dureront autrement moins longtemps que les siens.

‘Only those who will risk going too far can possibly find out how far one can go’.

‘If you aren’t in over your head, how do you know how tall you are?’

T.S. Eliott

Une descente d’enfer
12 juillet 2010

La journée du sommet, hier, s’était dans les faits initiée la veille au soir alors que Jean-Pierre avait dû raccompagner Colombe à Millénium pour palier ses difficultés d’acclimatation, bien qu’elle se sente assez bien par ailleurs. Tout s’est rapidement normalisé à la faveur du changement de niveau.

Puis, après l’ascension et une cavalcade en descente plutôt débridée, tous se retrouvèrent à Millénium.

Une fin d’après-midi suave, une soirée sereine et une nuit sans souci ni séquelles on marqué notre dernier séjour en montagne, dominant la plaine de Moshi dont l’illumination nous était bien visible. Une première réminiscence du retour imminent à la ‘civilisation’, bien que la vie contemporaine en cette contrée ne corresponde pas nécessairement à notre conception courante de l urbanité…

La fin de la randonnée, une longue déclinaison constante et relativement peu abrupte jusqu’à la sortie de Mweka, s effectua en matinée au grand dam de nos genoux et quadriceps qui n avaient encore pas exprimé la moindre récrimination musculaire ou articulaire pendant la montée. On ne gagne jamais contre la montagne: l ascension vous défie les neurones en épargnant l’appareil locomoteur; la descente vous brime la suspension pendant que le cerveau revient à son aise. En haut, le petit hamster ‘spinne’ synchro avec les poumons, les guiboles restent molles; en bas, le rongeur mental se prélasse, la cage est au neutre et les cuisses sur le ‘beu’. Aucun moment d’oisiveté, à tout dire.

Une fine bruine de sortie de forêt tropicale nous accueillit pour souligner l’incroyable fortune qui nous avait soustraits à toute précipitation pendant le trek. Formalités administratives et discret harcèlement des vendeurs de breloques et colifichets furent le lot de nos derniers instants au pied du Kili. Puis la navette nous ramena à Arusha à travers les routes de l’arrière pays tanzanien, lumineux et campagnard, en cultures et en couleurs africaines pittoresques dans la quiétude et la torpeur de nos esprits repus et un peu las.

La douce perspective d une douche et d’un apéro en bord de piscine s’empara de nos pensées oisives mais exaltées par l’accomplissement. Et plus d’un se surprit à déjà méditer sur la prochaine équipée. Andes, Himalaya ou tout simplement Saint-Ferréol?

Qui vivra verra, le blogue vous le dira.

‘Celui qui s’assoit sur ses lauriers les porte au mauvais endroit.’
Inconnu

‘Vers l’infini et au delà’
Buzz Lightyear

Texte de Pierre-Éric Landry


Août 3 2010

Ascension de l’Elbrouz avec L’échappée belle, juillet 2010


Juil 2 2010

L’Elbrouz dans la tempête

Moscou
24 juin, 2010

A notre grande surprise, l’entrée à Moscou s’est faite en douceur. Le vol était à l’heure, la ligne d’attente aux douanes n’avait rien à envier à celle de Dorval ; même le douanier, Michael, a été très gentil, il nous a souhaité bonne chance pour notre ascension. C’est la chasse aux touristes à la sortie de l’aéroport. Une cinquantaine de russes veulent nous faire monter dans leurs taxis! Nous avons choisi la navette de l’hôtel Novotel. Il y avait 300 mètres à parcourir!

Demain, deux heures de vol pour Mineralnye Vody et quatre heures de minibus pour se rendre à Azau, au pied de l’Elbrouz. Petite surprise, un jaune d’œuf cru dans le plat de pâtes de René… (Il n’aime pas ça!). Espérons que les poules russes ne connaissent pas la salmonelle…

Jean-Pierre a passé un mauvais quart d’heure. Il a oublié sa Visa sur un plateau de resto à l’aéroport d’Amsterdam hier. Après un bon moment sur son cellulaire, Visa International va lui livrer une nouvelle carte à l’hôtel dans environ 7 jours. « Pour la perte d’une carte; appuyez sur le 2 ». (Note, la carte n’a jamais été livrée).

René, Jean-Pierre, Geneviève

La taverne citerne
25 juin 2010

Ce matin, lever à 6 heures, petit déjeuner, 7h30 départ de l’hôtel, 7h40 nous avons déjà passé tout les contrôles. Mieux qu’à Dorval!
Assis dans l’avion, nous écoutons les consignes en russe « comment survivre dans la forêt boréale » tandis que Borrrrris, l’agent de bord (1 m 90 et 130 kg) nous refile un petit caramel. Ceci contraste avec le vol international d’Aeroflot où la belle Tatiana servait le café au lait.
Dans l’avion semblant prêt pour sa dernière envolée, l’odeur puissante de mazout et la tapisserie murale « motifs années 50 » fait peur. Les sièges se plient vers l’avant sans aucune résistance un peu comme une chaise berçante. Si vous pensez que c’est serré dans un airbus de chez Air Transat… Think again! 


Midi nous voici à Mineralnye Vody entre la Géorgie et la Tchétchénie.
Nous évitons les barbus en tenue de camouflage. Après avoir esquivé sur la route au moins douze fois des troupeaux de vaches et de chèvres, notre chauffeur « Dima » s’arrête sur le bord de la route prendre une bière à une citerne mobile sur roue. La vallée se rétrécit, la route devient sinueuse et les sommets enneigés. Destination Azau, le dernier hameau de la vallée. Demain nous grimperons sur de petits sommets face à la Géorgie.

Tentative d’enfer
27 juin 2010

9 heures 35, nous sommes à 400 m sous le sommet (5200 mètres), sans aucun repère et une visibilité complètement nulle. C’est l’enfer blanc. La tempête.
Nous avons amorcé l’ascension ce matin à 5 heures. La visibilité était acceptable et nous avions décidé d’être « fast and light ». Nous gardons une vitesse d’ascension de 350 m vertical à l’heure. Selon les prévisions météo d’hier soir, la neige devait cesser vers midi pour nous donner une visibilité parfaite en après midi. Cela n’a pas été le cas. White out complet en atteignant le col entre le sommet ouest et est. Le vent est violent, la neige cinglante nous pique le visage : température propice aux engelures. Ni ciel ni terre, tout est blanc et il est difficile d’évaluer la pente. Options : se construire un abri dans la neige et attendre le calme ou tenter de revenir au camp de base en risquant de se perdre. Visibilité 5 mètres.

Après une heure d’attente, nous rencontrons une équipe russe, qui comme nous, tente de rentrer au bercail. Nous avons donc travaillé en équipe, et au pas de tortue, nous avons réussi à retrouver le chemin du retour. Nous savons que quelques crevasses étroites sont sous nos pieds….

A 4000 m nous passons sous les nuages et tout est relativement beau! La température ne s’annonce pas excellente pour une tentative de sommet demain. Ce sera une journée de repos et d’acclimatation. Il semble y avoir une fenêtre de beau temps mercredi matin. En montagne, et surtout sur l’Elbrouz, tout est sujet au changement sans aucun préavis. Avec un peu patience nous allons y arriver!

Six minutes sur le sommet de l’Europe
29 juin 2010

Le décompte est commencé. Dernière journée sur la montagne. Demain nous devons être à Moscou ! Nous passons la nuit à vérifier toutes les 30 minutes le temps qu’il fait, Neige, pluie, grêle, tonnerre, éclairs. Ce n’est pas beau, mais nous gardons le moral. Nous sommes prêts à décoller à tout moment. S’il le faut, nous ferons le sommet de nuit. Vers 8 heures, le vent s’élève et la grosse masse de nuage gris foncé semble commencer à se dissiper. Le système de prévision météorologique russe s’apparente à Météo média. Nous devions avoir du soleil ce matin…

Neuf heures 30, un semblant d’accalmie, nous partons bien équipés. Deux GPS, masque, piolet, mitaines. Un nouveau membre se joint à notre équipe : Liza, une alpiniste d’origine allemande. La visibilité, encore une fois aujourd’hui est grandement réduite mais l’allure reste très rapide. Les vents en provenance du sud-ouest semblent nous guider dans la bonne direction. Bonne chose car nous ne voyons pratiquement rien. Après environ 400 mètres d’ascension, nous dépassons une équipe américaine. (eh eh !).

Les vents nous poussent vers le haut de la montagne et n’aident pas les grimpeurs rebroussent chemin. Les rafales atteignent 80 à 100 km/h. Nous croisons une équipe russe dirigée par un guide Kazak qui n’a pu atteindre le sommet. Il essaie de descendre au camp de base. L’un d’entre eux sans lunettes de montagne est aveugle. Il a le visage gelé, ensanglanté et ne porte aucune protection faciale. Sa tuque, ses mitaines, son foulard de laine sont recouverts d’une épaisse couche de glace et lui adhèrent à la peau. Une veste mince et désuète, ouverte et remplie de neige remplace un bon duvet qui devrait lui servir de protection dans un tel climat extrême. La démarche du grimpeur russe est ataxique. Il trébuche, se relève avec une lenteur extrême et recommence. Il semble s’être résigné au sort qui l’attend. Sans aide, il ne redescendra pas de cette montagne vivant… Le guide qui les accompagnent semble lui aussi affaibli et n’offre aucune aide à son grimpeur.

Il faut à tout prix réchauffer le grimpeur. Nous enlevons sa tuque, ses mitaines recouvertes de glace. Son foulard complètement rigide est coupé au canif. Liza lui prête un balaclava et une doudoune qu’elle garde toujours dans son sac à dos pour de telles situations. Entre temps, nous avisons par téléphone satellite l’équipe d’urgence au camp de base pour qu’elle commence le sauvetage. Pas facile dans un tel blizzard ! Nous savons très bien qu’une personne en hypothermie ne se réchauffe pas sans chaleur externe. Seules options : thé chaud, que nous avons en main et descente le plus vite possible.

L’équipe d’urgence est déjà en route et le guide Kazak semble avoir repris un peu d’espoir et d’autorité. Il nous rassure et assure pouvoir prendre charge son groupe.

Nous continuons. Il faut être rapide sinon on gèle. Nous atteignons le sommet à 13 heures 30. Les cinquante derniers mètres se font en rampant, les vents nous poussent vers le précipice. Après 6 courtes minutes de bonheur à 5642 m et la prise de photos au sommet, nous redescendons. Pour nous narguer, une éclaircie soudaine nous fait découvrir le paysage durant quelques secondes…

Dernières nouvelles, l’équipe russe est arrivée au camp de base.

Nous serons les seuls à avoir atteint le sommet de l’Elbrouz ce jour là.

Nous vous remercions pour tous les mots d’encouragement durant cette expédition! L’aventure ne s’arrête pas là. René et Jean-Pierre s’envolent demain vers la Tanzanie pour un deuxième sommet sur « la liste », le Kilimanjaro. Jean-Pierre rejoint son groupe de neuf grimpeurs qu’il guidera au sommet de l’Afrique.

Geneviève ayant déjà fait le Kili, va remiser sa doudoune et retrouver ses quatre enfants !

À très bientôt au bord de la piscine de l’hôtel à Arusha en Tanzanie.